Le théâtre d'Israël

Israël Tshipamba est comédien, auteur de théâtre et s'occupe de la formation à l'Écurie Maloba, un organisme de Kinshasa dévouée à la création et aux échanges culturels.

 

“J'écris parce que j'ai quelque chose à dire” affirme Israël Tshipamba avec ce sourire qui lui traverse le visage lorsqu'il évoque son travail. “Je suis né d'un père très autoritaire. Je ne pouvais dire que “oui”. Quand j'ai grandi j'ai passé tout mon temps à écrire seul dans ma chambre.” Après avoir répudié femmes et enfants, le père d'Israël épouse une femme très jeune. Après la mort du père, les questions d'héritage éclatent, c'est le cauchemar. Israël se réfugie dans l'écriture. Il a aujourd'hui à son actif plusieurs pièces de théâtre et une autobiographie.  

Lorsque Myphy Gialo, une actrice connue à Kinshasa lui demande d'écrire une pièce, Israël s'inspire de l'histoire d'un chanteur malien, Salif Keita, albinos. “ Beaucoup d'albinos sont rejetés dans les pays africains”. Des préjugés affluent : des enfants incestueux sont porteurs de mauvais sorts. Israël écrira “Un monde de Blancs existe, un monde de Noirs existe, mais le monde des Albinos est un monde d'exclusion et de honte.”

“Naufrages du destin” est un monologue d'une femme albinos dont le mari s'est suicidé, incapable de supporter plus longtemps son sort d'époux d'une condamnée. On apprend dans ce récit les violences de Père à Mère, le viol de la Fille Ainée par Père et la naissance de l'Albinos de cet inceste. Les images sont poignantes. 

Israël aborde dans ce texte plusieurs thèmes sensibles au Congo. Le rôle des femmes est central dans cette société: les femmes sont élevées à se soumettre aux hommes. Quand Père annonce à Mère qu'il va la battre, elle répond “merci”. Cette illustration choque, révolte et dénonce la complicité de la femme face à sa propre agression. Pour Israël, les femmes ont un pouvoir sur les hommes, qu'elles n'osent afficher. Il dénonce la "victimisation" et appelle les femmes à s'affirmer.

Le droit à l'héritage pour les femmes est prévue par le Code de famille congolais, mais les pratiques tribales persistent. Hormis de rares exceptions comme celle de la tribu de Bakango où les enfants  appartiennent à leur mère, le paternalisme domine.  “Les femmes ne sont pas assez informées de leur droits” déplore Israël “Il y a aussi la peur de la  sorcellerie dans les histoires d'héritages.” Si la polygamie et l'inceste sont officiellement interdits, ils sont tolérés : certains hommes prennent jusqu'à six femmes et à Bandundu, à 400 kilomètres de la capitale, la pratique “Kituyl” veut que la fille aînée épouse son grand-père.

“Si j'étais Dieu, j'aurais donné aux nègres une tête proportionelle au cul de leurs femmes. [...] Mais regrettons ensemble que la souveraineté de Dieu ait porté son choix sur le cul de leurs femmes plutôt que sur la tête des hommes.  Que dis-je!  Réjouissons-nous de l'équilibre mondial.  Aux Blancs la tête, aux nègres le cul[...][J]e suis un nègre, j'ai travaillé avec des nègres et des Blancs.  Je jure que les nègres sont d'une idiotie aussi noire que le trou de cul de leurs femmes qui pèsent de centaine de kilos.” (Israël Tshipamba, Nauffrages du destin, Écurie Molomba, 2005)

Israël joue le provocateur, cherche à révolter. Pourquoi se risquer à  des propos aussi crus et choquants? “Parce que les Africains sont idiots.  Regarde les pays alliés aux États Unis d'Amérique.” Il s'emporte, parle des violations des droits de l'Homme par le Rwanda au Congo. “Personne n'en parle parce qu'ils sont leurs principaux alliés.” Il raconte les atrocités commises par l'ancien président Mobutu sur lesquelles la communauté internationale a, selon lui,  fermé les yeux. Il enchaîne avec les élections récentes au Togo où les urnes ont été volées par les militaires et les votes truqués en faveur du parti au pouvoir. Pourtant les États africains ont été les premiers à reconnaitre les résultats. “Les Africains se font la guerre entre eux au lieu de s'entraider”. Israël ne prétend pas apporter des solutions, il se contente de soulever les questions. Il espère ainsi qu'à travers ses écrits la société se retrouve et prenne position. 

Karina Kesserwan

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