Avez-vous déjà songé à l’unification évocatrice des deux racines étymologiques du mot “citoyenneté”, soit “citoyen” et “été” ?  

Elles me font penser, l’engagement est-il devenu une mode saisonnière ?  Faut-il s'habiller aux couleurs de la “citoyennété” ?  Ou acheter du changement pour que plus rien ne change que le changement ?  Ce changement permanent mais superflu, nous maintenant un peu toujours dans l’été du contestataire.


Joël

La “citoyennété”

La “citoyennété” est une activité qui se pratique en loisir et qui se monnaie en dollars. Voiture hybride, vêtements et bouffe bio, etc.  Ces produits arrivent devant nous, à la gloire d’un futur prémâché par la consommation. Et pendant qu’on révolutionne en voiture hybride, l’incongruité d’une urbanité modulée sur le transport individuel reste indemne. Sautillons sur les illusions de changement que sont les bio-nouveautés.  Le “présent a avalé le futur”, pour reprendre la justesse des mots de Michel F. Côté (Esse, hiver 2005).

Vigilance

Gare à la subtile récupération du rêve humaniste, alter-mondialiste ou écologiste par le consumérisme.  Rappelez-vous, fils de mai '68 ou de la révolution tranquille, combien amère fut la désillusion de voir l’idéal libérateur d’une “société des loisirs” se dénaturer. Elle a l’air si ennuyeuse aujourd’hui, détournée banalement vers une abrutissante société du divertissement au profit des industriels culturels.  Je n’ai plus de tolérance envers le discours publicitaire, le marketing d’idées et l’aplatissement du rêve au profit du profit. À vous, jeunes de ma génération, pouvons-nous un seul instant tolérer le détournement du projet écologique ?

Les enjeux sont devenus trop critiques. À vous tous, mes frères de causes, j’insiste. Vigilance. Je refuse la disparition du “n” qui fait d’un “autre monde possible” une “autre mode possible”.

Soyons “citoyenniver”

Certes, le marché va vite. Plus vite que les rêves. À peine sont-ils formulés que la force du marché nous dépasse en courrant avec nos idéaux vidés.  Peut-être nous faudrait-il jouer de ruse ou pratiquer le croc-en-jambe ? Peut-être nous faut-il créer notre monde plutôt que le demander ? Passons au projet. Formulons des projets qui sont les nôtres.  N’achetons pas bêtement les “solutions” à la mode, les projets du marché. Je chie bio, et n’accepterai aucune autre étiquette.  Une société juste, verte, ouverte ou mondiale sera toujours plus grande que les modes.  Chaque citoyen critique et lucide possède en lui un projet fort qui mérite son autonomie. Je salue celui qui reste hors du temps ; qui se fait “citoyennété” même en hiver. Un libre auteur de sa propre saison critique.

Texte : Joël Leboup , AJC-eur

                                                                                     Sommaire - Suite reportage