DJANGO A LIBERCHIES
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REPORTAGES 
QUI EST DJANGO ?

Jean-Baptiste REINHARDT, dit « Django » est né à Liberchies le 23 janvier 1910, alors que sa « famille » donnait un spectacle au café « Chez Borsin ». Comme la plupart des Gitans, il voit le jour dans la roulotte familiale. Henri Lemens, officier d'état civil à Liberchies, enregistre le 24 janvier la déclaration de naissance faite par Monsieur Reinhardt père. Le baptême se déroule le 26 janvier dans l'église Saint-Pierre de Liberchies. 

Pendant la première Guerre mondiale, Django sillonne la France, l'Italie, la Corse et l'Afrique du Nord. De retour à Liberchies, son frère Joseph fréquentera pendant 3 mois l'école Communale. De 1920 à 1930, il se trouve à Paris et âgé de 12 ans seulement, il y anime des bals. En 1926, il s'engage véritablement dans la musique avec l'accordéoniste Jean Vaissade. C'est aussi à Paris qu'il rencontre Louis Vola. En 1928 , il enregistre son premier disque, ainsi que « Griserie » et « Parisette » avec Vaissade. 

Au cours d'une froide nuit d'hiver 1928, les guirlandes de fleurs artificielles, confectionnées par sa femme, prennent feu et incendient la roulotte. Django, grièvement brûlé, sera hospitalisé à l'Hôpital Lariboisière. Il gardera l'auriculaire et l'annulaire de la main gauche paralysés. Django Reinhardt dut alors inventer une nouvelle technique de doigté. Il se trouva en situation d'évaluer sa relation à son instrument comme aucun guitariste n'avait eu à le faire auparavant. Il dut donc reconsidérer tous ses acquis. En 1931, il se fait remarquer à la Côte d'Azur par le peintre Emile Savitry qui lui fait découvrir Armstrong, Ellington, …. Il découvre alors le jazz et peu après commence à jouer avec André Ekyan et Alix Combelle. La même année, il joue au « Coq Hardi » à Toulon et au Lido. A Paris, la personnalité de Django Reinhardt intrigue Cocteau, Jean Sablon ou encore Mistinguett. A l'époque, il joue également à « La Boîte à Matelots ». 

En 1934, il fonde avec Stéphane Grappelli un quintette à cordes. C'est le début d'une association qui se révèlera très fructueuse. Django joue alors avec des Américains, comme Coleman Hawkins et Arthur Briggs. Il enregistre aussi avec Benny Carter, Bill Coleman et Rex Stewart. En 1937, il apparaît dans le film de Gargour « Naples au baiser de feu ». En 1939, Grappelli décide de s'installer à Londres. Django forme à nouveau le quintette mais cette fois, avec Hubert Rostaing, clarinettiste et P. Fouad.C'est la vogue du Swing. En octobre 1940, il compose « Nuages ».

En 1943, on retrouve sa trace à Liberchies afin de se procurer un acte de naissance. Il donna même des concerts au café « Borsin » à Liberchies, à la Salle des Sarts à Rêves et dans un café de Viesville. Le grand regret de Django Reinhardt est de ne pas avoir été reconnu aux Etats-Unis. Pourtant, il joue en compagnie de Duke Ellington au Café Society de New York en 1946 et ensemble, ils enregistreront au Civic Opera House de Chicago. Django Reinhardt ne s'adaptera jamais à la guitare électrique. Selon lui, elle diminue « la qualité cristalline » de son jeu.

En mars 1947, il enregistre une nouvelle fois avec Grapelli. En 1949, les deux hommes se trouvent à Rome en compagnie de trois musiciens italiens pour l'enregistrement de plus de 60 titres, sorte de révision de l'œuvre du guitariste. Un an plus tard, Django rééditera l'expérience romaine avec cette fois André Ekyan (saxophone et clarinette), Ralph Schécroun (piano), Alf Masselier (contrebasse) et Roger Paraboschi (batterie).Malgré cela, il délaisse de plus en plus la musique pour se consacrer davantage à la peinture. En 1950, il joue au Club Saint-Germain avec de jeunes boppers. En février 51, le succès est tel qu'il enregistre en public dans ce club. Trois mois plus tard, la même formation enregistre sur le label Decca. En novembre 52, Django est accompagné par Aimé Barelli et son orchestre pour une émission de jazz à la télévision française. Cette année-là, il apparaît également dans le film de Maurice Labro « La Route du Bonheur ».

Le 10 mars 1953, il entre en studio avec une formation portant le nom de « Django Reinhardt et ses Rythmes ». Le 16 mai, Django Reinhardt décède d'une congestion cérébrale à Samois-sur-Seine (Fontainebleau) alors qu'il devait intégrer « The Philharmonic » de Norman Granz. Autodidacte, il ne savait pas lire la musique. Il dictait ses compositions, jouées sur sa guitare, à ses partenaires. Il ne transcrivait jamais ses morceaux de musique, tout venait de l'improvisation. Sa musique provient de l'héritage tzigane et du jazz des années 30. Ces deux styles de musique sont issus des ghettos en marge des cultures officielles. Depuis 1983, le village de Samois-sur-Seine organise un Festival Django Reinhardt.

Le jazz représente bien évidemment l'une d'entre elles. A l'image de ses frères Gitans, Django Reinhardt défendait la notion de Liberté. Il se revendique d'une liberté illimitée et considère l'homme qui ne travaille pas et qui adopte leur style de vie comme le symbole de « l'Homme Parfait ». Pour lui, la musique n'est pas un métier. Il la pratique pour tuer le temps. Il ne le fait pas non plus pour l'argent. S'il en gagne, il le dépense aussitôt dans le jeu ou pour nourrir tous ses amis. Les jeux de hasard occupaient une part importante dans son existence. A la fin de sa vie, au détriment même de la musique, Django Reinhardt consacra énormément de son temps au calme de la pêche et de la peinture.

Issus de l'Est (hindouistes-mongols), les Manouches sont des nomades. On estime leur apparition au 9e siècle après J.C. Des roulottes à chevaux, ils ont suivi les progrès de leur époque et optent pour le confort des caravanes modernes. Les Reinhardt sont d'origine allemande (Alsace, Forêt Noire). Après la guerre de 1870, ils se retrouvent en France.

Liberchies se situe à un carrefour entre plusieurs routes provinciales. L'accès libre, donné à un terrain en jachère surnommé « Flache aux Corbias », leur donne l'opportunité de s'établir à Liberchies. Ce territoire se situe à la limite de trois communes : Liberchies, Luttre et Buzet. La petite histoire raconte que les Manouches déplaçaient leurs roulottes chaque soir de quelques mètres afin d'échapper à l'expulsion. Ils se trouvaient ainsi chaque matin dans un village différent.

Source : « Django Reinhardt : Mythe et Réalité » de Roger SPAUTZ in www.django-liberchies.be