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        Forum ULB Bruxelles 
       13 décembre 2003

Luc Dardenne

Après des études de philosophie, Luc Dardenne devient - avec son frère Jean-Pierre - réalisateur et producteur de documentaires et de films de fiction (La promesse, Rosetta, le Fils, ...)


  
... "Je suis venu au Forum parce que l'on parle du cinéma et de l'avenir de la société belge. Et au-delà de la Belgique, de l'Europe et du monde puisque l'on débat des problèmes d'éducation et de culture. Les organisateurs m'ont demandé de venir pour m'exprimer sur le cinéma, les possibilités de faire du cinéma et quel cinéma en Europe aujourd'hui.
  
  Mon point de vue par rapport à l'évolution du cinéma, c'est de dire aux pouvoirs publics que si on veut un cinéma qui ne soit pas purement industriel, qui ne cherche pas uniquement que la consommation des spectateurs, qui parle au gens autrement qu'en les faisant rigoler un bon coup - même si le cinéma, c'est aussi rigoler - je veux simplement leur dire que le cinéma c'est un art ! 

  C'est comme si on disait aujourd'hui la peinture, c'est fini ! On va faire tous les mêmes tableaux partout à raison de 10 nouveaux tableaux par semaine. On dirait mais, qu'est-ce qui se passe ? Il y a un problème : laissez les artistes faire leur travail, c'est à eux de créer ! Que l'on n'enferme pas l'art dans l'industrie parce que l'enfermer dans l'industrie pour vendre ces produits-là, c'est trouver le plus petit dénominateur commun, le plus bas, c'est-à-dire le plus merdique, exprimé un peu vulgairement ! C'est ça que je voulais dire...


Au Forum, j'ai senti les gens sensibles à l'avenir du cinéma même si je n'en suis pas certain car j'ai l'impression que certains font semblant. Les responsables politiques, je ne crois pas que ça les intéresse vraiment.

La culture fait partie de notre vie en société, de la vie individuelle, de l'histoire du monde. On a revendiqué avec raison des biens matériels pour vivre plus dignement, pour que l'on ne soit plus dans un état de besoin. Je parle de l'Europe car l'état de besoin existe encore dans d'autres parties du monde. On s'est battu. Il faut maintenant que ces revendications deviennent des besoins spirituels, une nécessité culturelle, des choses qui soient des nourritures intellectuelles et le cinéma, l'art fait partie de ça.

  Je pense que c'est nécessaire que la culture soit maintenue autrement qu'uniquement dans des critères d'industrie et de rentabilité. Regardez  l'évolution des télévisions et du cinéma, ce sont des industries et les industries n'apportent jamais rien de nouveau. Elles reproduisent. Ce qu'elles voudraient aujourd'hui, c'est aller sucer ce qui est neuf pour pouvoir le recycler dans leurs productions. Il faudrait qu'une création soit libre et qu'elle ne soit pas obligée de rentrer dans ce créneau-là. Avoir un territoire qui soit un peu protégé.

  Je suis parfois très pessimiste car je vois que l'industrie est forte, très forte et que nos responsables politiques, les gens de ma génération n'en ont rien à faire de l'art, profondément. Ils font semblant tout en disant le contraire. Je crois que ce n'est pas leur problème. L'art intéressait le pouvoir quand le pouvoir se reconnaissait dedans et pouvait s'en servir comme médium pour se renvoyer une image de lui-même et pour faire passer un message. J'ai une confiance relative dans le pouvoir dans sa volonté et non sa capacité à défendre une promotion de l'art qui ne soit pas seulement une sorte de réserve indienne. Que le cinéma soit enseigné dans les écoles pas en tant que techniques mais que les enfants et les adolescents voient des grands films, ceux qui ont fait l'histoire du cinéma pour avoir un contact avec l'oeuvre d'art dans sa souveraineté et sa nudité. Je me bat pour ce projet-là depuis des années notamment avec la cinémathèque royale mais je ne trouve pas de relais politique. Ils disent oui mais ils ne font rien..."
         

                                           L'idée fait son chemin...

       

Reportage : Carole Demol

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