De Forest à Montroeul-au-Bois
"...
J’ai
habité ici pendant 5 ans. Puis je suis allé habiter au Hameau
de la Guerre d'où nous venons. Pas très loin d'ici, il y a la
maison natale de mon père, la "cinse dou Pateûw".
Mon surnom d'Emile dou "Pateûw" vient d'ici. Tout le
monde avait des sobriquets à l’époque. C'est par rapport à
ma grand-mère qui s'appellait Sylvie « dou Pateûw ».
Je ne sais d'où ça vient ... Les gens de Tournai ou d’Ellezelles
ne savent pas prononcer le patois de Frasnes. D’ailleurs, on
ne sait pas écrire notre patois, il faut le parler !
Tenez, la grosse ferme là-bas, c'était la ferme Delcroix, la
cinse du « Doien", ça vient de doyen. Comment écrire
ça ?
J'allais
beaucoup chez Baptiste le fermier. C'était un homme méticuleux
qui m'a appris à couper la ficelle qu'il y a autour
des gerbes de blé. Il m'a appris aussi à couper une ficelle au
noeud, je ne sais pas couper une ficelle autrement qu'au noeud.
Baptiste, on l'appelait Baptiste "tout juste",
tellement il était méticuleux, d'une propreté ... Les autres
fermiers aussi l’appelait comme ça. Vous pouviez manger dans
les étables tellement c'était propre chez lui.
A
l’époque, j’étais enfant de chœur à Forest. J'allais
donc d’ici à l'église de Forest. 2,5km. Pendant 5 ans j'ai
fait ça à pied. L'école était sur le Haut Forest. On y
allait à pied aussi car il n'y avait pas de moyen de locomotion.
Il y avait bien des vélos mais c'était pour les parents. J’avais
12 ans. Il y a donc 68 ans de cela..."

Entre Montroeul
et Forest

A Montroeul,
une des maisons d'enfance
Paroles
et musiques
"... J'ai
fait partie de 6 fanfares. J'ai commencé avec le baryton basse, le tuba et puis un
jour, le chef m'a mis un saxophone ténor dans les mains et m'a
dit de tirer mon plan… Je suis aussi un peu connu comme chanteur et
comme chansonnier. J'ai écrit des chansons en patois sur les
musiciens, sur les faits locaux... Ca me venait comme ça. C'était
toutes des chansons que je composais moi-même sur des airs
connus et en patois. J'ai écrit des vers en français, mais la
chanson, je ne sais pourquoi, c'est toujours en patois. D’ailleurs,
je pense en patois et puis le vocabulaire patois est beaucoup
plus riche que le vocabulaire français. Il y a énormément d'expressions
patoisantes qui n'ont pas de traduction en français. Le patois,
c'est très beau.
Une
anecdote à ce propos là. Moi, Je n'ai pas voyagé beaucoup -
je suis un sédentaire - , mais je suis allé près de Menton en
France. Je faisais un petit tour - j'avais 58 ans, je m'en
souviens parce que j'ai rencontré un ouvrier municipal qui
avait 58 ans aussi - et en discutant, il m'a dit avoir été
puni dans son village parce qu’il parlait le patois de son
village. Ici aussi on avait des punitions parce qu’on
parlait patois. Nous étions obligés de parler français..."
Tcheûw
Beuzie ?
"...
Une
autre anecdote, c’est quand je faisais une émission sur
"Radio Tcheûw Beuzie" à Frasnes. J'ai d'ailleurs avec
d'autres lancé la radio "Tcheûw Beuzie" et celui qui
a trouvé le nom, c'est Emile dou "Pateûw". "Tcheûw
Beuzie", ça veut dire : « que pensez-vous ? ».
Avant que le studio ne s’installe à la MJ Vaniche, il fallait
déplacer l’émetteur et émettre dans des voitures. C’était
interdit les radios libres à la fin des années 70.
Pour
en revenir à l’émission, j’interviewais des personnes par
téléphone et un jour une dame, dont je ne dirai pas le nom, me
répond en français. Je lui dit que c'est une émission en
patois et si elle connaît le patois, elle peut répondre en
patois. Elle me répond alors qu'elle a peur d'être impolie...
Ca allait jusque-là, parler patois, c'était impoli ! Il
faut être fier de son patois, fier de ses origines !..."
L'église de
Forest
|